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oeillet des charteuxLa " prairie sèche1 "du Sappey,
un biotope rustique à mettre en valeur

 

 oeillet des charteux

Sur les hauts du lieu dit « Chez Boget », à la sortie du Chef-lieu, par delà le sentier qui monte à main gauche au-dessus du « Refuge LPO - La maison des oiseaux », on découvre des prés, qui tiennent aussi bien du biotope naturel que de la prairie d’exploitation agricole. Sur ce terrain au relief accidenté et inégal, difficile (voire impossible ?) à faucher à la machine, poussent de l’herbe haute, des massifs de genévrier, des buissons d’églantine, et apparaissent, nus, d’imposants rochers en forme d’hémicycle.

 


 

Cet espace rustique et bucolique est appelé « une prairie sèche ». Il a été répertorié par La Maison du Salève, et par les autres institutions du Syndicat Mixte du Salève en charge de la protection du patrimoine naturel de la montagne. Dans le cadre d’un pro-gramme européen de valorisation des biotopes en voie de dispari-tion, La Maison du Salève cherche à sensibiliser la commune et ses habitants sur la valeur de « la prairie sèche du Sappey ».

Lorsque l’on s’y promène, et qu’on l’explore, dans le respect de la nature, on découvre des plantes rares, protégées, comme des œillets des Chartreux, des orchis (dont la cueillette est interdite). Si l’on prend le temps de regarder en silence, on peut observer des espèces animales rares, qui se cachent dans les buissons et dans les rochers.

En réalité, les prairies sèches existent en raison de l’exploitation humaine, qui remonte à l’époque des communaux et de la culture extensive2. Ce type de prairies pousse sur une terre peu profonde, sur un sol relativement pauvre en éléments nutritifs, et relativement sec. Son relief très inégal, ainsi que la quantité importante de pierres et de rochers qui affleurent, rendent son exploitation difficile, contraignent au fauchage à la main et en font un pré peu rentable. C’est pourquoi ces prairies sèches étaient peu entretenues, ne servaient finalement plus que de pâturage, et sont aujourd’hui souvent abandonnées.

Définition

Les prairies sèches se définissent par un certain nombre de caractéristiques : ce sont des biotopes herbeux variés, croissant sur des sols secs et pauvres. Paradoxalement, ces sites sont très riches en espèces végétales3. On y trouve fréquemment des plantes rares. Par ailleurs des espèces animales rares trouvent refuge dans des éléments structurels (arbres, buissons, murs de pierres sèches, Murgiers4, …). Lorsqu’elles sont laissées à l’abandon, elles s’embuissonnent et sont progressivement recolonisées par la forêt.

sainfoin à feuille de vesce
sainfoin à feuille de vesce
ail a fleur de narcisse
ail a fleur de narcisse

La prairie sèche du Sappey répond bien aux traits caractéristiques énoncés ci-dessus. C’est bien un biotope en voie de disparition. En effet, à laisser le site à l’abandon, on prend le risque de le voir disparaître, embuissonné puis recolonisé par la forêt, à qui on l’avait pris autrefois. Si on l’entretient avec trop de zèle, en supprimant par exemple les « mauvaises5» herbes, on réduit la biodiversité, et par là-même on fera disparaître un très grand nombre d’espèces végétales et animales rares ; à terme, on fera disparaître la prairie sèche. Enfin, si l’on y dépose des déchets végétaux, pour les composter, on perturbera gravement la biomasse naturelle du site, en le colonisant avec des espèces sélectives, cultivées. A terme, également, c’est la disparition de la prairie sèche qui est en jeu.

Suivant les recommandations du programme européen de protection des biotopes en voie de disparition, il faut préserver autant que faire se peut la prairie sèche du Sappey : on se contentera de couper quelques jeunes sapins et quelques buissons envahissants, afin d’empêcher la reforestation. Mais on aura surtout soin de poser une signalisation indiquant que le site est protégé ; interdisant la cueillette, les feux, les pique-niques, le dépôt des déchets; ainsi que des panneaux éducatifs pour orienter les promeneurs explorateurs, et leur montrer la flore et la faune rares et protégées du site6.

 

 

  Lexique

 1 Les informations spécialisées relatives aux biotopes désignés par les termes de « prairie sèche » peuvent être consultées sur les pages du site de l'OFEV. Références : Confédération Suisse, « Les prairies sèches » & « Qu'est-ce qu'une prairie sèche ? », Office fédéral de l'environnement, octobre 2008 & mars 2007, [en ligne].


2 On appelle « culture extensive » la culture qui met à profit la fertilité naturelle du sol, sur de grandes surfaces (avec repos périodique de la terre et rendement assez faible).


3 Ce paradoxe est mis en lumière par J.-M. Pelt, dans son ouvrage intitulé La Terre en héritage : une étude comparative de trois prairies, l'une laissée à l'abandon, la seconde partiellement entretenue, la troisième soigneusement entretenue, a montré que la prairie abandonnée a produit la biomasse comparativement la plus abondante (en raison d'une plus grande biodiversité), tandis que la prairie entretenue a produit la biomasse la plus faible (en raison d'une trop grande sélectivité, d'une trop grande réduction de la biodiversité).


4 Le « murgier » est un tas de pierres que l'on a enlevées de la prairie pour faciliter le pâturage et le fauchage.


5 L'expression « mauvaise » est très incorrecte, parce que trop subjective et trop contextuelle : une plante n'est une « mauvaise herbe » que dans le contexte d'une exploitation spécifique du pré, qu'au prix d'une sélection de certaines plantes au détriment d'autres plantes.


6 On peut prendre pour modèle, non loin de Vovray-en-Bornes, le très joli site de l'ancienne carrière de sables du marquis de Sales, et son installation didactique autant qu'esthétique.

 

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