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Grotte de Clarnant

Nous passons devant elle tous les jours, sans vraiment prêter attention à ce lieu. Un regard furtif lancé aux statues qui s’y trouvent, aux fleurs qui y sont régulièrement déposées, et c’est tout. D’elle, nous ne savons pas grand chose. Et pourtant, il s’en est passé des choses à la grotte de Clarnant ! Mais qui peut encore les raconter ?

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Son histoire s’efface au fil du temps, elle disparait de la mémoire collective, s’évapore inexorablement, et risque d’être perdue à jamais. Alors, je cherche parmi les gens du coin quelqu’un qui connait l’histoire et qui accepterait de me parler d’elle. Certains restent pudiques sur le sujet, d’autres ne veulent pas s’étendre. C’est dommage… Finalement, je trouve des personnes qui acceptent de parler et de se transformer le temps d’un récit en conteurs. Je les en remercie.

 
L'histoire commence ainsi : dans les années 1920, le Père Célestin Blanc, curé de la commune de le Sappey a une idée en tête. Celle de construire une grotte, de faire une représentation de Notre Dame de Lourdes, un endroit où il reproduira l‘apparition de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle en 1858. Ce projet, il n’a pas l’intention de le réaliser seul, il compte y associer les habitants du village. Il en parle autour de lui, à sa paroisse et soulève l’enthousiasme de nombreux paroissiens. Alors les travaux débutent : ensemble, ils vont vers La Grange pour chercher des pierres dans la montagne et les ramènent comme ils le peuvent. Ensuite, ils trouvent l’endroit : une famille de Clarnant lègue un rocher, celui où la grotte est érigée. Les pierres rapportées sont savamment disposées autour du roc par le curé, aidés des villageois et petit à petit  la grotte prend forme. Les statues en bronze de Marie et de Bernadette Soubirous sont achetées grâce à la générosité de paroissiens de Clarnant, il semble même que le Père Angelot soit impliqué dans l’achat. La grotte est achevée vers 1925-26 m’a-t-on dit.

Ensuite, plusieurs événements animèrent la vie de la Grotte : les habitants et les différents curés du village (les Pères Blanc et Guillot notamment) perpétuèrent ces traditions pendant de nombreuses années. Durant le mois de mai, le soir on célébrait le mois de la Vierge Marie. Après leur journée de labeur, les habitants se donnaient rendez-vous à la grotte pour prier ensemble. Elle était alors décorée de fleurs fraîches, et illuminée de bougies. On se souvient encore que c’était Madame Hyvert qui récitait les prières : cinq dizaines de « Je vous salue Marie » entrecoupées par un « Notre Père ». Une fois les prières terminées, les gens se dispersaient et tout le monde rentrait chez soi pour se retrouver le lendemain soir au même endroit.

Le jour de la fête de l’Assomption la grotte revêtait son habit de fête : elle était longuement décorée. Les hommes coupaient des sapins et les plantaient le long de la route. Les femmes fabriquaient des guirlandes en enfilant sur un fil des feuilles de houx et des roses en papier crépon et elles en ornaient la grotte. Des bougies étaient enfoncées sur les pointes des grilles en guise de cierge. La messe avait lieu le matin vers 10h00 à l’église du village. À la sortie, le curé et les villageois descendaient en procession depuis le chef-lieu jusqu’à la grotte. Deux enfants à la tête du cortège agitant des clochettes précédaient le curé, les habitants du Sappey fermaient la marche. Arrivés devant la grotte, le curé entamait son sermon, entrecoupé de prières et de chants. Le soir, à la tombée de la nuit, les habitants retournaient à nouveau à la grotte, les hommes arrivaient avec les flambeaux allumés,  illuminant progressivement l’endroit, le village était réuni, on priait ensemble et l’on chantait. On se souvient bien de ces flambeaux (petites bougies posées à l’intérieur d’un cylindre de papier) que le Père Guillot apportait et que les enfants prenaient un malin plaisir à faire brûler. Quelqu’un me raconte combien l’attente était longue pour le jeune enfant qu’il était alors, la fête n’était pas du goût de tout le monde…

Aujourd’hui, il n’y a plus de curé dans la paroisse, il n’y a plus de rassemblement au pied des statues, il n’y a plus de fête au pied de la Grotte. Tout cela est bien fini, la crise de la foi est passée par là, la pratique de la religion se tarit. Pourtant il continue de se passer des choses à la Grotte de Clarnant : elle est régulièrement fleurie, la statue de L’ Immaculée Conception a été repeinte un été par une famille, la statue de Bernadette a été volée (elle n’était pas scellée comme celle de la Vierge Marie), et a été remplacée par une statue plus petite que l’originale, toujours grâce à la générosité d’habitants riverains.

L’histoire de cette grotte est dite , son sort est désormais entre vos mains, sa sauvegarde dépend de sa transmission. Alors à votre tour, imprégnez-vous de ce récit,  transmettez-le à qui veut bien l’entendre et si l’envie vous prend d’aller à la grotte, d’aller rendre visite aux Dames qui l’habitent, n’oubliez pas d’apporter un bouquet de fleurs  des champs en souvenir du bon temps.

Véronique Verelst

Je remercie les conteurs qui par modestie n’ont pas voulu que je les nomme. Leurs souvenirs sont précieux pour la conservation de l’Histoire de notre commune.

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